Les drones au 43ème Salon du Bourget

Par Joël-François Dumont - Le Bourget, le 12 juin 1999.

Le président de la République a inauguré aujourd'hui le Salon de l'Aéronautique et de l'Espace au Bourget. Accueilli par le président du Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (GIFAS) et par le Commissaire-général de ce 43ème salon, Jacques Chirac devait assister à une démonstration en vol de plusieurs avions français, Mirage 2000-5, Rafale, sans oublier toute la famille Airbus, avant de visiter les stands les plus représentatifs d'un des secteurs les plus dynamiques de l'économie, et de s'attarder sur les nouveautés de ce dernier salon du XXème siècle de l'aviation et de l'espace, les drones.


Pierre Faure, président de la SAGEM présente le Sperwer et le Predator à Jacques Chirac

Un président qui s'est d'ailleurs voulu « en première ligne » lors de la guerre du Kosovo, et qui a tenu notamment à se faire présenter les systèmes qui ont permis à la France de participer pleinement à cette guerre aérienne, alors que d'autres pays se sont contentés d'y faire de la figuration. M. Chirac s'est beaucoup intéressé au Mirage 2000-5 mais aussi aux drones.

Didier-François Godart (Sagem) explique le fonctionnement du Crécerelle au Kosovo

C'est ainsi que le président s'est rendu sur le stand de la SAGEM pour y entendre vanter les mérités inégalés du drone tactique français Crécerelle, mis en œuvre depuis la Macédoine par le 7ème Régiment d'Artillerie - nos célèbres "Diables noirs" -[1]et du drone stratégique américain Predator "« qui sont, à l'heure actuelle, sans rivaux ».[2Et s'entendre expliquer comment les drones avaient été articulés dans cette guerre où le renseignement technique et en particulier l'imagerie sont devenus une obligation de tous les instants.


Entretien avec Alain Richard, ministre français de la Défense

Il faut dire que le Colonel de réserve… Jacques Chirac avait été vivement impressionné par la qualité des renseignements transmis en temps réel par ces engins, nouveaux venus sur les théâtres d'opérations extérieures. D'où son intérêt pour ces système d'armes qui sont aujourd'hui inscrits comme une priorité par toutes les armées du monde.

Normal aussi pour un président qui, en tant que chef suprême des armées, dés son accession au pouvoir, a revendiqué d'être "responsable" dans tous les sens du terme de l'engagement de nos forces et, à cette fin, d'exiger d'être informé complètement. Comme le souligne l'Adjudant-Chef (ER) Théophile Bros: "Chirac est bien le seul depuis De Gaulle à avoir eu le souci constant de vouloir évaluer personnellement les risques encourus par nos soldats… avant de les envoyer au casse-pipe"... Une qualité rare par les temps qui courent, en effet… Une démarche en tout cas que nos militaires ont su apprécier à sa juste valeur.

C'est ce qui a permis encore très récemment à Jacques Chirac lors du dernier sommet du G8 à Cologne, soutenu en cela par ses partenaires européens, de s'opposer en des termes très vifs au général américain Wesley Clarck qui venait proposer de bombarder des objectifs civils en Serbie…

Comme quoi, pour être recruté comme conseiller à l'Elysée, s'il est de bon ton d'être Corrézien d'origine, il vaut mieux ne pas porter sur son CV la mention "objecteur de conscience"! A la Maison-Blanche, on ne peut malheureusement pas en dire autant… Au delà de l'anecdote, ceci explique plusieurs erreurs stratégiques de l'OTAN que l'on doit à des politiciens qui n'ont aucune compétence en la matière. Quand on entend mener une guerre aérienne, encore faut-il écouter les aviateurs. A ce sujet, le général Clark, si brillant soit-il par ailleurs, a fait l'objet de critiques au Congrès américain, et même chez les militaires. On lui reproche d'avoir profité de ses relations avec Bill Clinton pour se croire autorisé parfois à négliger l'avis de ses propres aviateurs, qui, eux, n'ont pas, soit dit en passant, manqué l'occasion de lui dire en face leur façon de penser. Ce qu'a fait le général américain Michael Short qui a déclaré au Herald Tribune que s'il avait pu décider, la nuit du 24 mars, il ne se serait pas contenté de missiles de croisière…"Comme aviateur, j'aurais procédé autrement".[3]


Le Crécerelle et le Predator sur le stand du Ministère de la défense au Bourget 

Pour en revenir à ce que le grand public appelle les avions-espions sans pilote, le président de la République est allé ensuite, guidé par Pierre Faure et accompagné par Alain Richard, le ministre de la Défense voir de près les drones exposés à l'extérieur: le Crécerelle, le Sperwer et le Predator côte à côte.


La France "leader" en Europe dans le domaine des drones tactiques

Après l'abandon du Brevel, la SAGEM s'est aujourd'hui imposée en Europe comme "l'unique constructeur d'un drone tactique destiné aux armées de terre qui ait réussi à être 'certifié', au même titre qu'un avion civil", comme l'explique le Général François Mermet, général d'Armée aérienne (2S) et spécialiste des drones. Un succès salué la semaine dernière par la revue française Air et Cosmos qui cette année pendant deux jours diffusera en direct les vols de démonstration présentés au Bourget sur Internet. Une première médiatique mondiale. C'est d'ailleurs Air et Cosmos [4qui a fourni à toutes les télévisions du monde ces images spectaculaires du Sukkoï 30 russe qui s'est écrasé sans faire de victimes…

L'amiral Tom Cassidy, patron légendaire de Top Gun, DG de GA-ASI au Bourget

Le dernier-né des drones de la SAGEM, le Sperwer (l'épervier) acheté par les Armées de terre française (Crécerelle), néerlandaise (Sperwer), suédoise (Ugglan) et récemment par le Danemark, a été sélectionné par la Finlande et promet à l'exportation de combler un vide dans ce domaine.


Didier-François Godart (Drones de Sagem) avec l'amiral Tom Cassidy et Neil Blue, PDG de GA-ASI

La SAGEM qui a réussi un magnifique "doublé" en signant avec l'américain General Atomics Aeronautical Systems un accord de coopération pour équiper les armées de l'Air européennes cette fois du drone stratégique Predator. Comme le soulignait Pierre Faure, ces deux drones, complémentaires aujourd'hui, sont appelés à jouer dans les jours qui viennent un rôle majeur au Kosovo pour permettre à la force K d'assumer sa mission tout en réduisant au maximum les risques et les coûts pour les forces alliées.

Les drones ont le vent en poupe

Absents - ou presque - du théâtre d'opérations pendant la guerre du Golfe, à l'exception du Pioneer, un engin de médiocre qualité, trois drones ont aujourd'hui fait la preuve de leur efficacité.

Le premier considéré comme un drone stratégique, le Predator américain s'est imposé. Il est aujourd'hui exposé pour la seconde fois au salon du Bourget par le français SAGEM. Mis en œuvre au tout début à partir de l'Albanie par la CIA, puis depuis trois ans de Tazlar en Hongrie par l'US Air Force, et à présent depuis Tuzla en Bosnie encore par l'USAF. Le Predator a permis aux alliés de préparer la guerre aérienne en Yougoslavie, tout en assurant la surveillance de la Bosnie (cf. rubrique drones).


Le ministre Alain Richard se fait présenter le Predator sur le stand de Sagem au Bourget

Champion toutes catégories, le Predator a permis aux Alliés de préparer la guerre aérienne en Yougoslavie, tout en continuant la surveillance de la Bosnie par des vols permanents de plus de 20 heures, les informations étant transmises chaque jour depuis plus d'un an en temps réel à 16 pays (cf. rubrique drones). Il est depuis quelques mois également déployé au dessus de l'Irak pour faire respecter les décisions prises par les Nations-Unies. Le Predator est sans aucun doute l'une des fiertés de l'US Air Force. Les armées de l'air française, italienne, britannique et allemande s'y intéressent au plus haut point. Le Kosovo pourrait d'ailleurs fournir à l'Europe l'occasion de s'équiper dans ce domaine où elle est absente pour prolonger sur le plan militaire ce qu'elle a su faire pour la première fois sur le plan politique.

Le second, un "drone tactique rapide" est le CL-289 coproduit par Bombardier (Canada), Aérospatiale (France) et DASA (Allemagne). Une dizaine de drones ont été abattus par des missiles serbes, plusieurs CL-289 allemands, des Hunter israélo-américains, quelques Predator et un Crécerelle français.

Le troisième est le Crécerelle, un "drone tactique lent". Le Sperwer, appelé encore "Crécerelle Plus" pourrait d'ailleurs bientôt être acquis par l'Armée de Terre, avec des équipements beaucoup plus performants que ceux existants, pour venir conforter les unités du 7ème R.A.[1]

La France rattrape son retard dix ans plus tard

Depuis la fin de la guerre du Golfe qui stigmatisa notre faiblesse dans le domaine du Renseignement, sous l'impulsion de Pierre Joxe, alors ministre français de la Défense, la France comme le rappelle le général Mermet « devait rattraper son retard. Elle l'a fait avec Hélios, notre satellite de renseignement dont il sera très largement question la semaine prochaine à Paris lors de la 45ème session de l'Assemblée de l'Union Européenne.[5Elle l'a encore fait avec le Mirage 2000-5, avec le Crécerelle et le CL 289, ainsi qu'avec d'autres capteurs aéroportés de reconnaissance équipant les divers types de Mirage et même l'hélicoptère Horizon ».


Le GAA François Mermet présentant les grandes lignes du "Projet Horus" de Sagem

Grâce à la volonté politique française et au savoir faire européen, l'Europe est aujourd'hui présente dans un domaine réservé jusqu'ici aux seuls Américains...

Joël-François Dumont

(*) Grand Reporter à France 3 Télévision, Auditeur à l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale.

[1]Voir "Du célèbre canon de 75 à la révolution de l'information" de Joël-François Dumont in European-Security (01-08-2006)

[2] Entretien le 11 juin 1996 au Bourget avec le général d'armée aérienne François Mermet (2S), ancien Directeur général de la Sécurité extérieure sur le "projet Horus", piloté par Didier-François Godart, Chef de la Division Drones de Sagem. Ce projet visant à « franciser » le Predator avec des capteurs de Sagem pour doter la France d'un système de drones MALE.

[3Déclaration du général Michael Short, commandant les opérations aériennes à Vicenza (Italie), dans un entretien accordé à William Drozdiak publié dans l'International Herald Tribune du 25 mai 1999, p. 1 & 4.

[4] http://www.aerospacemedia.com

[5Document 1643 du 18 mai 1999: "Des systèmes spatiaux pour l'Europe: les satellites d'observation, de communication et de navigation - Réponse au rapport annuel du Conseil. Rapport présenté au nom de la Commission technique et aérospatiale par M. Diaz de Mera, rapporteur. (Source : UEO)