Le 14 juillet à Berlin

Par Joël-François Dumont — Berlin, le 14 juillet 2020 —

En raison des mesures sanitaires appliquées en France comme en Allemagne, ce 14 juillet à Berlin se voulait différent. Pandémie oblige ! Au lieu de la traditionnelle réception dans les salons et les jardins de l’ambassade de France à Berlin, cette année, seuls des soignants allemands qui ont joué un rôle dans la prise en charge de malades français lors des pics que nous avons connus étaient à l’honneur Pariser Platz. Comme dans la plupart de nos ambassades, contraintes à appliquer de strictes mesures sanitaires, les Français de Berlin et les Allemands traditionnellement invités n’ont pu être cette année de la fête…

Il n’était pas question pour autant de priver nos adhérents et nos sympathisants allemands de cette fête nationale à laquelle nous restons très attachés. L’UFE Berlin a donc décidé d’organiser un dîner pour marquer cet événement, ancré dans les gênes de notre association depuis plus de cinquante ans.

Une fois de plus nous nous sommes donc retrouvés dans notre ancien Quartier Napoléon comme à l’époque où notre ambassade était à Bonn… Alors que Berlin a été détruit en très grande partie en 1945, cet immense complexe est l’un des rares endroits qui n’ait pas été touché par les bombardements aériens voire détruit lors de la prise de l’ancienne capitale du Reich par l’armée rouge. Seule une bombe est tombée dans la piscine de l’ancienne caserne Hermann Goering qui deviendra le Quartier Napoléon, Q.G. des Forces Françaises de Berlin (FFB).

En 1994, après le départ des troupes françaises stationnées à Berlin, les clefs de la caserne ont été remises à la Bundeswehr. La Julius Leber Kaserne devenant le Q.G. du commandement militaire de la Bundeswehr à Berlin, où stationne désormais le régiment de la garde et la musique, chargés des honneurs officiels et le centre de gestion des catastrophes naturelles pour l’Allemagne.

Comment ne pas rappeler que pour des générations de Français qui ont servi dans les FFB, cette caserne a toujours été considérée comme une des plus belles du monde ? Si le nom de l’ancien quartier Napoléon a bien été remplacé par celui de Julius Leber, en l’honneur d’une grande figure de la Résistance allemande contre Hitler, qui finira pendu aux crocs de boucher le 5 janvier 1945 à Plötzensee. Ce que peu de gens savent à propos de Julius Leber est qu’il est né à Biesheim en Alsace et qu’il était un fervent partisan de Napoléon…

Ce « quartier » demeurant l’un des symboles de la présence française à Berlin, on comprend que nombre d’« anciens de Berlin », qui militent à l’UFE, aiument s’y retrouver. Les Allemands ont laissé tous les noms français, aux mess (Général de Lattre, Sergent Brocard) comme aux rues, dans la caserne et tout autour, noms attribués par nos forces d’occupation qui se sont mues en forces stationnées, une fois que la République fédérale d’Allemagne deviendra un des moteurs de la nouvelle Europe.

Une fois de plus le général Andreas Henne, General für Standortaufgaben – nous dirions en français Gouverneur militaire de Berlin au vu de ses attributions – nous a ouvert la porte de la caserne. Chaque année les 8 mai et le 11 novembre, il est aux côtés de l’attaché de défense français à Berlin devant notre monument aux morts pour Berlin [2] pour déposer une gerbe au nom de la Bundeswehr. Ce 14 juillet il n’y aura pas de gerbe mais une réception de 50 couverts – limite imposée par les restrictions sanitaires – dans le « mess Sergent Brocard » que les Allemands appellent « Casino » où il n’est pas rare de côtoyer des serveurs qui ont fait l’école hôtelière à Paris…

En l’absence du général en déplacement, son chef d’état-major, le colonel Patrick Freiherr von Pfetten Arnbach, décoré la veille de la médaille d’or de la Défense Nationale à l’ambassade par le général Nicolas Richoux, a trouvé en français des mots simples et émouvants pour nous dire que nous étions toujours les bienvenus dans notre ancien quartier, « ravi de constater » que les liens franco-allemands établis durablement par le Chancelier Konrad Adenauer et le général de Gaulle étaient toujours une réalité, « une idée commune qui ne peut être effacée » … se félicitant de ce que « l’amitié franco-allemande ait pris racine dans le cœur des gens »...

Le président de l’UFE Berlin, Xavier Doucet, a chaleureusement remercié le général Henne, le colonel von Pfetten Arnbach et le lieutenant Patrick Neuhaus, aide de camp du général et historien – également francophone et francophile – pour cet accueil nous permettant de retrouver ce magnifique quartier chargé d’histoire pour y célébrer notre fête nationale en présence d’une dizaine de personnalités allemandes auxquelles s’étaient joint des membres du Club des Alsaciens et des Amis de l'Alsace à Berlin e.V. conduits par leur dynamique présidente, le Dr. Odile Bour…

Xavier Doucet se devait aussi de rappeler la signification de cette célébration. Le 14 juillet reste un moment unique tous les ans pour les Français de se retrouver, même quand ils sont expatriés, pour « afficher notre unité plutôt que nos divisions ». Des propos retraduits fidèlement par Patrick Lauer, notre vice-président qui nous quitte après de trop coutes années à Berlin.

Français et Allemands ont passé une soirée mémorable. La cuisine du mess était comme toujours fidèle à sa réputation. Notre seul regret étant de devoir nous limiter à 50 personnes, pour respecter les règles sanitaires en vigueur des deux côtés du Rhin. Il faut dire que pour l’intendance, notre vice-présidente, Nicole Krämer, veillait l’arme au pied…

La diplomatie ne perdant pas ses droits, c’est à l’occasion de cette cordiale manifestation d’amitié franco-allemande que l’attaché douanier de notre ambassade, Yvan Chazalviel, a remis deux lettres de remerciements aux très francophiles responsables des services des enquêtes douanières et fiscales de Berlin-Brandebourg pour leur aide précieuse à l’exécution d’une commission rogatoire française sur une fraude d’ampleur internationale, quelques jours seulement avant que le COVID 19 ne vienne fermer pour un temps la frontière franco-allemande.

Joël-François Dumont