Seule l’histoire permet de comprendre le présent et de préparer l’avenir

Par le Général Nicolas Richoux  Berlin le 11 novembre 2018.

Discours au monument aux morts français, tombés pour la liberté de Berlin, devant la Julius Leber Kaserne, l'ancien Quartier Napoléon où furent stationnées les troupes françaises, prononcé par le général de brigade Nicolas Richoux, attaché de Défense près l'ambassade de France en République Fédérale d'Allemagne.

La cérémonie s'est déroulée en présence des attachés de défense des pays alliés, à l'exception de la Russie absente également le 8 mai, des représentants des associations patriotiques et des anciens ayant servi dans les « Forces Françaises de Berlin » (FFB), l'ambassadrice de France, Madame Anne-Marie Descôtes, ministre plénipotentiaire étant à Paris avec la chancelière d'Allemagne, Madame Angela Merkel, pour participer aux cérémonies officielles pour commémorer le centenaire du 11 novembre 1918.

De nombreuses gerbes ont été déposées au pied du monument à l'entrée de la Julius Leber Kaserne, monument érigé avant le départ des troupes françaises sur l'initiative du colonel Bertrand-Louis Pflimlin où se retrouvent nos compatriotes qui célèbrent les 14 juillet, 8 mai et 11 novembre.

Julius Leber est né à Biesheim (Alsace-Lorraine) le 16 novembre 1891. Incorporé en 1914 dans l'armée impériale, il sera blessé à deux reprises. Promu lieutenant, il servira après la Première Guerre Mondiale dans la Reichswehr au sein des troupes de protection des frontières à l'Est. Il quittte la Reichswehr pour devenir en 1921 rédacteur en chef du journal social-démocrate Lübecker Volksboten, Élu conseiller municipal de Lübeck, il entre en 1924 comme député SPD au Reichstag où il se spécialisera dans les questions de défense. Après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, il est victime d’un attentat avant d’être arrêté une première fois.

Il le sera de nouveau de 1933 à 1937, en prison d’abord, puis dans le camp de concentration de Sachsenhausen. Après sa libération, il travaillera pour la résistance avec le Comte von Stauffenberg et le cercle de Kreisau. Arrêté par la Gestapo le 5 juillet 1944, peu avant l’attentat du 20 juillet, avec d’autres co-accusés, après un procès à grand spectacle, il est condamné à mort le  20 octobre. Julius Leber sera exécuté par pendaison le 5 janvier 1945 à la prison de Plötzensee. (NDLR)

Discours du général Nicolas Richoux

 

M. Thierry Zarrella, Conseiller aux affaires consulaires,
M. Michel Felkay, Commissaire général de police, attaché de sécurité intérieure,
Monsieur le Général Henne, commandant la place de Berlin,
Monsieur Freud, du Volksbund Deutscher Kriegsgräberfürsorge,
Chers camarades de l’Armée allemande,
Chers camarades attachés de Défense,
Chers camarades de l’Ambassade de France,
Messieurs les officiers et les sous-officiers,
Messieurs les Anciens Combattants,
Messieurs les représentants des associations patriotiques françaises et leurs portes drapeaux,
Messieurs les représentants des associations patriotiques étrangères et leurs portes drapeaux,
Madame Gacel chef d’établissement du Lycée français de Berlin- école Voltaire,
Monsieur Durrenberger directeur de l’école Voltaire,
Mesdames et Messieurs les enseignants de l’école Voltaire,
Chers enfants de l’école Voltaire dont la présence nous fait chaud au cœur,
Chers amis résidents français à Berlin,
Mesdames, Messieurs,

Les généraux Nicolas Richoux et Andreas Henne passent en revue le détachement présent

Il était une fois...

Il était une fois, dans un petit village de l’Est de la France, une famille ordinaire qui profitait du bel été ensoleillé et chaud qui régnait en cette fin de juillet 1914. Une famille heureuse comme il en existait tant. Deux beaux enfants de 11 et 8 ans et un bébé qui naîtrait dans quelques mois. Comme la campagne était belle ! Les moissons se terminaient et rien ne laissait annoncer l’orage qui arrivait. Et puis résonnèrent soudain comme le tonnerre des mots foudroyants : guerre ! mobilisation générale !

Nicole Kramer (UFE), le GAA François Mermet, les attachés de défense US, britannique, estonien et lituanien

Es war einmal...

Es war einmal, in einem kleinen Dorf im Osten Frankreichs, eine gewöhnliche Familie, die den schönen, sonnigen und heißen Sommer genoss, der Ende Juli 1914 herrschte. Eine glückliche Familie, wie es so viele von ihnen gab. 2 schöne Kinder im Alter von 11 und 8 Jahren und ein Baby, das in ein paar Monaten geboren werden soll. Wie schön war die Landschaft! Die Erntezeit war vorbei und es gab keine Anzeichen für den kommenden Sturm. Und dann klangen plötzlich wie der Donner die niederschmetternden Worte: Krieg ! Allgemeine Mobilisierung !

Louis, le père de famille, était lieutenant de réserve. Il saisit immédiatement la portée des éléments titanesques qui allaient se déchaîner. Son premier réflexe fut de se faire faire une bonne paire de chaussures de marche chez le cordonnier du village. L’ordre arriva peu après. Il lui fallait rejoindre son régiment d’urgence. Nous étions début août. Il prépara sa cantine, enfila son bel uniforme à pantalon rouge puis vint le moment du départ. Toute la famille accompagna Louis à la gare. La guerre serait courte et joyeuse. Les larmes des enfants tranchaient sur l’optimisme ambiant. Les adieux furent cependant déchirants. Puis, le train s’ébranla lentement dans les vapeurs de fumée. Marguerite, sa petite fille de 11 ans courut sur le quai agitant sa main pour dire au revoir à son Papa en pleurant à chaudes larmes. Elle le suivit du regard autant qu’elle le put, jusqu’à ce que le train disparût dans le lointain. Puis le silence revint. C’était terminé. Le Lieutenant Louis tomba trois semaines plus tard, le 22 août 1914 à la tête de ses troupes, lors d’une contre-attaque au col de Saintes-Maries-aux Mines en Alsace.

Pour mémoire, sachez que le 22 août 1914 possède le triste record d’être le jour le plus meurtrier de l’histoire de l’armée française : 27 000 morts en une seule journée…

Louis, der Vater, war ein Oberleutnant der Reserve. Er begriff sofort die Wichtigkeit  der gewaltigen Ereignisse, die verursacht werden sollten. Seine erste Reaktion war, sich ein gutes Paar Schuhe beim Dorfschuhmacher herstellen zu lassen. Der Befehl kam kurz darauf. Er musste seinem Regiment dringend beitreten. Es war Anfang August. Er bereitete seinen Koffer vor, zog seine schöne Uniform mit roten Hosen an und dann war es so weit. Die ganze Familie begleitete Louis zum Bahnhof. Der Krieg sollte kurz und fröhlich sein. Die Tränen der Kinder standen in scharfem Kontrast zum vorherrschenden Optimismus. Der Abschied war jedoch herzzerreißend. Dann bewegte sich der Zug langsam in den Dampfwolken. Marguerite, sein 11-jähriges kleines Mädchen, lief auf dem Bahnsteig und winkte mit der Hand, um sich von ihrem Vater zu verabschieden und weinte stark. Sie folgte ihm mit den Augen, soweit sie konnte, bis der Zug in die Ferne verschwand. Dann kehrte die Stille zurück. Es war vorbei. Drei Wochen später, am 22. August 1914, starb Lieutenant Louis an der Spitze seiner Truppen bei einem Gegenangriff auf dem Bergpass von Saintes-Maries-aux-Minen im Elsass.

Zur Erinnerung: der 22. August 1914 hat die traurige Bilanz, der tödlichste Tag in der Geschichte der französischen Armee zu sein: 27.000 (sieben und zwanzig tausend) Tote an einem einzigen Tag.......

Cet événement dimensionna à jamais la vie de Marguerite. Elle se maria une dizaine d’années plus tard avec un officier, lui-même héros de la guerre 14-18, eut 3 enfants et connut à nouveau les tourments de la Deuxième Guerre Mondiale. Mais elle n’oublia jamais ce 22 août 1914. Tous les 22 août, Marguerite pleurait en pensant à son père qu’elle avait si peu connu. Elle transmit sa mémoire, son souvenir et ses larmes aux générations suivantes. Lorsqu’elle mourut à presque 100 ans fin 2002, ses yeux s’embuaient encore à l’évocation de son cher Papa trop tôt disparu, réminiscence de la souffrance d’une petite fille de 11 ans qui courait derrière un train fantôme….

Dieses Ereignis hat das Leben von Marguerite für immer geprägt. Etwa zehn Jahre später heiratete sie einem Offizier, der selber ein Held des Ersten Weltkriegs war, hatte drei Kinder und erlebte die Schmerzen des Zweiten Weltkriegs wieder. Aber sie vergaß nie, den 22. August 1914. Jeden 22. August weinte Marguerite, als sie an ihren Vater dachte, den sie so wenig gekannt hatte. Sie gab ihre Gedanken, Erinnerungen und Tränen an die nächsten Generationen weiter. Als sie Ende 2002 im Alter von fast 100 Jahren starb, waren ihre Augen noch immer feucht von der Erwähnung ihres lieben Vaters, der zu früh gestorben ist, eine Erinnerung an das Leiden eines 11-jährigen Mädchens, das hinter einem Geisterzug lief...

Cette petite fille, Marguerite, était ma chère grand-mère. Lorsqu’elle mourut, j‘allais prendre le commandement d’un régiment de la brigade franco-allemande sous le commandement d’un général allemand ! Quel retournement vertigineux de l’histoire ! Sachez chers amis, qu’elle s’en réjouissait profondément et je revois son sourire radieux, pensant à toutes les petites filles de 11 ans qui ne courraient plus jamais derrière un train qu’elles ne rattraperaient jamais.

Dieses kleine Mädchen, Marguerite, war meine liebe Großmutter. Als sie starb, war ich dabei das Kommando über ein Regiment der deutsch-französischen Brigade unter der Führung eines deutschen Generals zu nehmen! Was für eine Wende in der Geschichte! Liebe Freunde, ich will, dass ihr wisst, dass sie sehr glücklich darüber war, und ich sehe ihr strahlendes Lächeln wieder, als sie an all die 11-jährigen Mädchen dachte, die nie wieder hinter einen Zug laufen würden, den sie nie wieder erwischen würden.

Cette histoire est celle de ma famille mais elle est également celle de n’importe quelle famille française ou allemande. Elle est celle de toutes les familles d’Europe, d’Afrique et d’ailleurs, de tous ces pays qui furent plongées dans l’enfer d’une guerre sans fin. Sachons donc nous souvenir de la souffrance accumulée dans une guerre fratricide qui n’apporta que deuil, larmes et chagrin.

Chers enfants de l’Ecole Voltaire, souvenez-vous de tous ces soldats qui sont morts pour la « Der des Der », la dernière des dernières guerres et la promesse d’un avenir meilleur qui tarda à venir. Vous, qui auriez pu vivre à une autre époque et être tous et toutes de petites Marguerite courant derrière un train, vous avez aujourd’hui la chance de vivre dans une Europe prospère et en paix. Il vous appartiendra de faire fructifier cet héritage pour que les trains de combattants restent désormais à quai.

Diese Geschichte ist die meiner Familie, aber sie ist auch DIE aller französischen oder deutschen Familien. Sie ist DIE aller Familien in Europa, Afrika und überall, von jedem Land, das in die Hölle eines endlosen Krieges gestürzt wurden. Erinnern wir uns daher an das Leid, das sich in einem Bruderkrieg angesammelt hat, der nur Trauer, Tränen und Kummer brachte.

Liebe Kinder der Voltaire-Schule, denkt an all die Soldaten, die für den "aller letzten" gestorben sind, den aller letzten Krieg und das Versprechen einer besseren Zukunft, das lange auf sich warten ließ. Ihr, die in einer anderen Zeit hättet leben können und alle kleine Marguerite hätte sein können, die hinter einem Zug laufen, habt jetzt die Chance, in einem wohlhabenden und friedlichen Europa zu leben. Es liegt an Ihnen, dieses Erbe wachsen zu lassen, damit die Soldatenzüge nun am Steg bleiben.

Car aujourd’hui, à l’heure où nous commémorons le centenaire de cette guerre terrible qui fit 20 millions de morts, nos deux Nations réconciliés forgent avec nos amis et nos alliés l’Europe de demain, Tirons-en la force pour être à la hauteur des défis qu’imposent notre époque, faite de dangers, d’inconnues mais aussi de formidables opportunités. Préservons notre héritage commun, nos idéaux de paix et de démocratie et construisons inlassablement ensemble un monde meilleur fait de dialogue et de fraternité.


Les colonels ? (Attaché adjoin), Yvan Chazalvieil (Attaché douanier) et Raoul Emme (UFE) 

Denn heute, während wir dem hundertsten Jubiläum dieses schrecklichen Krieges gedenken, der 20 Millionen Menschen tötete, bilden unsere beiden versöhnten Nationen mit unseren Freunden und Verbündeten das Europa von morgen. Ziehen wir Kraft daraus, um die Herausforderungen unserer Zeit, die voller Gefahren, Unbekanntheit, aber auch großer Chancen sind, zu überwinden. Lasst uns unser gemeinsames Erbe, unsere Ideale von Frieden und Demokratie bewahren und eine bessere Welt des Dialogs und der Brüderlichkeit unaufhaltsam aufbauen.

Mais n’oublions jamais, non jamais.

Car seule l’histoire permet de comprendre le présent et de préparer l’avenir. Oublier son histoire est la pire des choses. Elle nous mène irrémédiablement vers les malheurs de demain.


Le colonel Martin Kukk, attaché de défense estonien à Berlin

Car comme l’écrivait un célèbre révolutionnaire contemporain des événements de la Première Guerre mondiale, Léon Trotsky :

« Si vous ne vous intéressez pas à la guerre, elle, s’intéressera à vous. »

Aber wir müssen nie vergessen, nein NIEMALS!.

Denn nur die Geschichte kann uns helfen, die Gegenwart zu verstehen und uns auf die Zukunft vorzubereiten. Die Geschichte zu vergessen ist das Schlimmste. Sie führt uns ohne Zweifel zu den Katastrophen von morgen.

Denn wie der berühmte revolutionärer Zeitgenosse der Ereignisse des Ersten Weltkriegs Leo Trotzki eins schrieb:

« Vielleicht interessierst du dich nicht für den Krieg aber der Krieg interessiert sich für dich“

 

Morts pour la France en 2018 :

  • Adjudant Emilien Mougin, 1er régiment de Spahis, mort pour la France au MALI, le 21 février 2018 ;
  • Maréchal des logis Thimoté Dernoncourt, 1er régiment de Spahis, mort pour la France au MALI, le 21 février 2018 ;
  • Caporal Bogusz Pochulski, 2e régiment étranger d’infanterie, mort pour la france en Irak, le 21 mars 2018.

Aux morts !!!

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