La Brigade de Renseignement de l’armée de Terre (BR)

Portrait de Joël-François DUMONT

Par Joël-François DumontDéfense n°133 — Paris, le 13 juin 2008.

Cette chronique © a été publiée dans la revue Défense.[1] Nous la reproduisons ici avec l'autorisation de son auteur, Joël-François Dumont (*). Paris, le 13 juin 2008.


Général Antoine Lecerf, CFAT à Mourmelon

La Force d'Action Terrestre dispose aujourd'hui de 5 brigades d'appui spécialisé (BAS). A part la Brigade des Forces Spéciales Terre (BFST) dont on vient d'inaugurer à Pau le QG qui jouxte celui du 5ème RHC, chaque brigade se compose de 5 à 7 régiments spécifiques : Artillerie à Haguenau, Génie à Strasbourg, Transmissions et Appui au Commandement à Lunéville et, last but not least, Renseignement à Metz.

La Brigade de Renseignement et de Guerre Electronique (BRGE) [2] a été créée le 1er septembre 1993 à Mercy-les-Metz. Le 1er juillet 1998, elle est directement subordonnée au Commandement de la Force d'Action Terrestre (CFAT) à Lille et renommée Brigade de Renseignement (BR). Sa spécialité : « la recherche du renseignement militaire et d'intérêt militaire [3permettant la prise de décision pour la manœuvre des divers échelons sur un théâtre d'opérations. » 

Elle répond à la volonté de l'armée de Terre de se doter d'un outil de renseignement « regroupé et efficient ». Ses moyens : 4.000 personnes, des drones lents et rapides, des stations mobiles d'écoutes et de brouillage, des hélicoptères et des véhicules blindés légers.

La brigade de Renseignement (BR) a pour mission d’assurer la préparation opérationnelle des modules de renseignement déployés dès le temps de paix dans le cadre de prévention des crises. Elle assure également la projection des centres de mise en œuvre du renseignement dans le cadre du règlement des crises ou des conflits régionaux.

A l’occasion de l’exercice FORTEL 2008, exercice annuel des forces terrestres en terrain libre, le général Jean-Paul Fournage a présenté la brigade devant les parlementaires et les journalistes spécialisés réunis le 22 avril dernier à Suippes. « 4 régiments et 2 groupements ». Un régiment blindé de recherche du renseignement dans la profondeur (renseignement d'origine humaine): le 2e Régiment de Hussards (2e RH);[4] un régiment de surveillance du champ de bataille avec des drones (renseignement d'origine image photo et vidéo, de situation, d'objectifs et de documentation): le 61e Régiment d'Artillerie (61e RA) ;[5] un régiment de guerre électronique tactique (renseignement d'origine électromagnétique de proximité et au contact): le 54e Régiment de Transmissions (54e RT); un régiment de guerre électronique opératif (renseignement d'origine électromagnétique dans la profondeur et stratégique) : le 44e Régiment de Transmissions (44e RT) et deux groupements : le Groupement Aéromobile de Renseignement (GAR) armé d'hélicoptères Viviane (observation, caméra vidéo et infrarouge); et le Groupement de Recueil de l’Information (GRI) : renseignement d'origine humaine humaines par traitement de sources au travers d’entretiens avec les populations et d'interrogatoires de personnes capturées.

La maîtrise du champ cognitif est devenue l'élément clé de la supériorité opérationnelle, domaine dans lequel l'armée de Terre, peut revendiquer une certaine excellence grâce à sa Brigade et à ses unités d'élite.


Le Colonel Degoulange, adjoint et CEM de la Brigade de Renseignement

Pour le Colonel Jean-Marc Degoulange, adjoint et CEM, la BR est « la seule unité spécialisée de l'armée de terre à disposer de tout un panel de capteurs de recherche spécialisés. 4.000 hommes, dont un peu plus de 2.000 spécialistes du domaine Renseignement. Et sur ces 2.000 spécialistes, environ 50% travaillent dans le domaine du renseignement d'origine électromagnétique, 25% dans celui d’origine image et 25% dans celui d’origine humaine sous forme conversationnelle ou de la recherche profonde. Parmi eux, 1350 sont projetés en moyenne par an depuis plusieurs années, ce qui nous pose quelques soucis. Etant l’unique spécialisée de l'armée de Terre dans ce domaine, seules les formations de la Brigade contribuent à l'armement des différentes structures de recherche qui sont déployées en opérations extérieures. »


Image SDTI du 20.2.2008 à Mitrovica – Document © SIRPA Terre

Exemple, au Kosovo, depuis décembre dernier, une section de 35 hommes du 61e RA est déployée à Plana avec une batterie de drones tactiques SDTI qui volent en moyenne 4 à 5 heures voire plus sur tout le pays. Placée sous le commandement de la KFOR, cette unité transmet en temps réel ses images et ses informations, dont la qualité est telle que désormais, « ce moyen » est « très sollicité par la KFOR ».

Dans un pays en voie de normalisation, l’avantage du SDTI est énorme car il dispose de tous les moyens techniques nécessaires à son insertion dans l’espace et le contrôle aériens civils du Kosovo.


Drone SDTI des Diables noirs (61e R.A.) 

Par ailleurs, les drones tactiques de l’armée de Terre contribuent également à des missions de sécurité civile. Après Cannes (Sommet franco-africain, début 2007) ou Vimy (visite de la reine Elizabeth II), le SDTI a démontré sa capacité à être « inséré dans un DPSA, un dispositif de protection et de sûreté aérienne ». Le 61ème RA [5] avec ses drones SDTI se présente comme « pourvoyeur de capacités ISTAR au profit d’un dispositif aéroterrestre de théâtre. Bien qu’ayant des capacités techniques différentes, c’est une option émergeante en l’absence actuelle de drones dans l’armée de l’air, un trou capacitaire qui s’explique précisément par les retards de quatre ans pris dans la réalisation du programme SIDM ». [6]

Capteur spécialisé du 2e RH déployé sur le terrain afin de renseigner la force sur la progression de l'ennemi

En matière de renseignement, FORTEL 2008 aura permis la validation d’un bataillon de renseignement multicapteurs (BRM), mis en œuvre à partir de moyens de recueil de l’information au sol ou dans la troisième dimension. Le BRM se révèle être un outil d’une grande efficacité opérationnelle pour le bureau en charge du renseignement (G2) au sein de l’état-major de la division et de son PC lorsque celui-ci est déployé en opérations ou lors d’exercice.

Joël-François Dumont

(*) Auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et rédacteur en chef adjoint de la revue Défense.

[1] N°133 daté de Mai-juin 2008 de Défenserevue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées. 
[2] La brigade de renseignement (BR), dont l'état-major est situé à Haguenau, est une brigade d'appui des forces terrestres spécialisée dans la recherche du renseignement militaire, d'intérêt militaire et dans la géographie militaire permettant la prise de décision puis la conduite de la manœuvre des divers échelons sur un théâtre d'opérations. Elle se compose du 2e régiment de hussards (2e RH) d'Haguenau, régiment blindé de recherche du renseignement dans la profondeur (renseignement d'origine humaine); du 61e régiment d'artillerie (61e RA) de Chaumont, régiment de surveillance du champ de bataille avec des drones (renseignement d'origine image photo et vidéo, de situation, d'objectifs et de documentation); du 44e régiment de transmissions (44e RT) de Mutzig, régiment de guerre électronique opératif (renseignement d'origine électromagnétique dans la profondeur); du 54e régiment de transmissions (54e RT) d'Haguenau, régiment de guerre électronique tactique (renseignement d'origine électromagnétique de proximité et au contact) et du 28e groupe géographique (28e GG) d'Hagueunau, renseignement d'origine géographique. 
[3] Voir " Le renseignement d’intérêt Terre" in Défense N°131. 
[4] Voir " Le renseignement d’origine humaine, une spécificité Armée de Terre " in Défense N°131. 
[5] " Du célèbre canon de 75 à la révolution de l'information " in Défense N°122. 
[6] " Les drones : une arme de supériorité tactique pour les armées modernes " in Défense N°120.

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