La force aéromaritime française de réaction rapide (FRMARFOR)

Portrait de Joël-François DUMONT

Par Joël-François DumontDéfense n°131 — Naples, le 10 décembre 2007.

À bord  BPC Tonnerre,[1au large de Naples, Joël-François Dumont s'est entretenu avec le contre-amiral Alain Hinden, COMFRMARFOR,[2] pour la revue Défense.

Défense : Le sigle NRF (NATO Response Force) va de pair avec celui de « HRF ». Que cache cet acronyme, Amiral, vous qui commandez à Toulon, quand vous n’êtes pas en mer, cet « état-major HRF ». De quoi est-il constitué ?


Le contre-amiral Alain Hinden, COMFRMARFOR

CA Hinden : Le « HRF » est un acronyme britannique pour High Readiness Force, une force aéromaritime de réaction rapide qui dispose donc d’un état-major d’une centaine de personnes installé à Toulon. Un état-major à la fois international puisqu’il comporte 10% d’officiers étrangers [3] et interarmées puisque nous avons cinq officiers de l’armée de terre et un de l’armée de l’air. Cet état-major de réaction rapide apte à commander une force à la mer est installé à Toulon. Il a pour vocation de fournir trois états-majors en même temps: un état major de commandement de composante de guerres de mines, un état-major de commandement de groupe porte-avions qui serait alors installé sur le Charles de Gaulle et simultanément capable de fournir cet état-major de MCC (Maritime Component Commander) que nous avons ici aujourd’hui à bord du Tonnerre. Ces trois états-majors devant pouvoir être fournis en même temps. Alors nous sommes au « HRF » une centaine de personnes à terre prêtes à partir sur l’un ou sur l’autre dans ces trois états-majors.


L'Amiral Hinden entouré d'officiers alliés lors de l'exercice Noble Midas

Défense : Que représente pour la Marine nationale cette certification en tant que Commandant de la composante maritime de la NRF ?

CA Hinden : Cette certification que, j’espère, nous allons obtenir dans quelques jours à l’issue de l’exercice Steadfast Jaw, représente une reconnaissance. Une reconnaissance, du fait que grâce aux outils qu’elle a mis en place, en particulier les bâtiments de projection et de commandement comme le Tonnerre, et également les états-majors qui sont constitués d’hommes et de femmes compétents, donc, la mise en place à la fois de ces outils, bateaux, et de ces personnels permet de diriger depuis la mer des composantes maritimes comme celle-là qui comportent quarante bâtiments et plus de 50 aéronefs de 12 nations. Et donc la reconnaissance au niveau international que la France a acquis cette aptitude.

Défense : On peut dire, Amiral, que la NRF est un club très fermé dans lequel la France est désormais de plein pied avec ses trois composantes, soient terrestre, aérienne et maritime ?

CA Hinden : L’armée de l’air a déjà acquis ce niveau d’intégration l’an dernier ; la Marine l’acquiert cette année ; l’armée de terre pour la composante terrestre le fera l’année prochaine. [4] Donc la Marine vient effectivement de rentrer dans un club relativement fermé puisque, avant ou en même temps que les Britanniques, les Italiens, les Espagnols et l’OTAN avec STRIKEFORNATO, [5] la France propose à l’OTAN un cinquième état-major capable de commander à partir de la mer la composante maritime de la Force de Réaction Rapide de l’OTAN (NRF).

Défense : Pour cette NRF, la France propose ses BPC, des plateformes uniques pour ne pas dire assez révolutionnaires que l’on ne trouve dans aucune autre marine…

Le BPC Tonnerre en manœuvre au large de l'ex-Yougoslavie

CA Hinden : Je dirais que le cycle de construction d’un bâtiment, c’est une trentaine d’années. La marine française a eu - on peut appeler cela une chance – la chance qu’au moment de remplacer l’Orage et l’Ouragan, deux bâtiments amphibies d’un type relativement ancien, de chercher un navire de commandement. Après avoir fabriqué la Foudre et le Siroco entre temps, quinze ans plus tard, au moment de remplacer l’Orage et l’Ouragan qui avaient trente ans, il parut assez naturel d’utiliser les bâtiments amphibies en cours de développement pour leur ajouter cette fonction de commandement dont on sentait qu’elle devenait absolument nécessaire pour être capable d’héberger des états-majors qui aujourd’hui comptent à peu près 150 personnes. Aucun bateau jusque là n’était en mesure d’accueillir un  état-major aussi renforcé. Donc à partir des dessins des deux futurs bâtiments amphibies de la Marine, il a été assez cohérent, assez logique, de rajouter cette fonction de commandement pour un état-major de 150 personnes.


Un "augmentee" de la Marine nationale venu en renfort

Mais vous voyez que le nombre n’est pas suffisant. Avec cela nous ne pouvons pas constituer un état-major MCC de 150 personnes, plus un état-major d’une cinquantaine de personnes pour le Charles de Gaulle, plus une dizaine ou une vingtaine pour la guerre des mines. Et donc, cet état-major qui est un cœur d’état-major, est ou sera complété chaque fois que nécessaire de ce que l’on appelle des « augmentees », [6] officiers qui viennent en complément ou en supplément, prélevés soit à l’intérieur de la marine française, soit dans les autres marines qui nous aident à monter notre nombre d’officiers pour être capables d’armer ces trois états-majors en même temps. Le cœur, le noyau, c’est donc le HRF. C’est à Toulon que nous nous entraînons, que nous planifions et que nous sommes prêts à recevoir des renforts dés qu’il s’agira d’aller naviguer.

A bord d'un CTM en regagnant le radier du BPC Tonnerre

Défense : Amiral Hinden, nous sommes actuellement sur le BPC Tonnerre à Naples. Ce bâtiment a été conçu notamment pour répondre aux besoins particuliers de l’armée de terre dans le cadre d’OPEX. Avec l’arrivée du Tigre, du NH 90, avec les BPC pour la Marine, n’avez-vous pas le sentiment qu’avec de tels outils nous entrons dans le 21ème sicle ?

CA Hinden : Oui. Mais on dit que le 21ème siècle sera celui de la communication, sujet que vous n’avez pas cité, et pour commander, il faut surtout communiquer. Et donc, effectivement, grâce au BPC Tonnerre en particulier et son sister-ship Mistral, ces deux bâtiments nous offrent la possibilité de communiquer à un niveau avec un débit qui n’étaient pas connus jusque là. C’est cela qui nous permet d’être 150 à bord, de travailler en même temps à haut débit sur un certain nombre de réseaux nationaux, internationaux, vers nos autorités à terre, vers nos unités à la mer, vers nos amis de l’armée de terre ou et de l’armée de l’air sur leurs bases et sur le terrain.


Le CV de Vigouroux d’Arvieu, l'EdV 1Cl Platon, le CA Hinden et le CV Bertrand

C’est vraiment cette aptitude à communiquer avec tout le monde qui fait la force de ces bâtiments de projection. Oui, c’est vraiment dans le 21ème siècle que nous entrons, le siècle de la communication, et c’est la communication qui est au cœur du sujet.

Défense : Amiral, nous vous remercions pour cet entretien et votre hospitalité à bord du Tonnerre pendant cet exercice. 

[1] Entretien diffusé dans le numéro de janvier-février 2008 de la revue Défense, revue bimestrielle de l'Union des Associations des Auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Abonnements: BP 41-00445 Armées, que nous reproduisons ici avec l'autorisation de l'auteur et de la revue. 
[2] Auditeur de la 58ème session. 
[3] 1 Belge, 1 Britannique, 2 Allemands, 1 Américain, 1 Espagnol, 1 Italien, 1 Grec, 1 Néerlandais. Le Turc présent il y a quatre ans dans le HRF, structure permanente à terre n’y est plus, mais était à bord pour la certification. 
[4]  La composante Air de la NRF a été certifiée le 1er juillet 2005. La composante Terre l’a été le 1er juillet 2007 et le QG CRR-FR prendra son tour d’alerte le 1er juillet 2008. 
[5]  État-major OTAN à dominante US basé à Naples. 
[6] L’effectif en temps de paix est de 97 personnes. En temps de crise, l’effectif complémentaire est de 60 personnes.

Voir également:

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